Résumé du projet
Depuis janvier 2008, le chantier Radio 10 est lancé. Ce projet réunit deux réalisateurs sonores, Anna Salzberg et Mehdi Ahoudig, collaborateurs réguliers de ARTE Radio, et un groupe de jeunes du quartier du Buisson-Saint-Louis, quartier classé "politique de la ville". Il s’intègre dans le projet plus large "Au Boulot !? Travail et création" et propose à ces jeunes de s’interroger sur la question du travail. Les jeunes sont formés à la prise de son. Une fois cette formation acquise, ils se transformeront en reporters du travail. Avec l’appui des réalisateurs, ils seront amenés à réaliser eux-mêmes des prises de son.
Descriptif du projet
Contexte et lieux de réalisation de l’action
L’association est installée sur “la place” du Buisson-Saint-Louis, quartier inscrit dans un CUCS (Contrat urbain de cohésion sociale) du Xe arrondissement de Paris. Son atelier donne, d’un côté, sur la rue du Buisson-Saint-Louis occupée en grande partie par des HLM, et, de l’autre, sur la cour des Bretons dans laquelle se sont multipliés les lofts. Un groupe de jeunes d’une vingtaine d’années “traîne” au pied de ces HLM et sur la place.
Les populations cohabitent sans se rencontrer. Les jeunes sont souvent perçus comme un “groupe dangereux” par des habitants du quartier. Les travailleurs sociaux du centre social voisin (Aires 10) connaissent certains de ces jeunes, mais ne s’occupent plus d’eux (ils sont pris en charge jusqu’à l’âge de 17 ans).
Par ailleurs, les éducateurs spécialisés de l’association AJAM (Association des jeunes amis du Marais) organisent avec eux des projets sportifs.
Ils les ont également accompagnés dans la création d’une association, AJD (Association de la jeunesse du Xe).
L’image que les habitants se font de ces jeunes ne correspond pas à ce qu’ils sont réellement. Dès que l’on entame un dialogue avec eux, on découvre des jeunes qui ont une réelle soif de connaissance, de découverte et qui sont foncièrement gentils, honnêtes et travailleurs. La rencontre entre ces jeunes et les habitants du quartier est pour tous d’une grande richesse : les uns abandonnent leur crainte, les autres s’ouvrent aux rencontres et à l’échange.
La naissance du projet
Depuis 2007, notre association développe une plateforme de rencontres, d’échanges et de ressources – à dimension régionale, nationale et internationale – au carrefour de la création, de la recherche et du monde du travail, “Au Boulot !? Travail et création”.
La question du travail est au centre des préoccupations des jeunes de leur âge. Les jeunes confondent souvent travail et salaire, ils parlent d’emploi, rarement de métier et c’est cette question qu’il nous semble urgent de traiter. Comment voient-ils le travail ?
Quelle image se font-ils de leur travail ?
À partir du lien privilégié que nous avons établi avec eux, nous les invitons à réfléchir au projet que nous pourrions développer ensemble. L’envie de créer une radio de quartier a rapidement été évoquée.
Une rencontre avec des réalisateurs (Anna Salzberg et Mehdi Ahoudig) qui collaborent régulièrement à ARTE Radio.com et France Culture, a décidé de l’action à mener. Anna Salzberg dirige, depuis 2006, un atelier avec des collégiens primo-arrivants de Bondy. ARTE Radio.com a plus de mille créations inédites à son actif.
Nous avons décidé d’associer à cette aventure un photographe du collectif Le bar Floréal, pour donner une dimension visuelle.
La radio, un outil adapté
Très adaptée à notre public, la radio est un véritable outil de revalorisation sociale. Ces jeunes ont quitté l’école souvent après un échec scolaire. Ils sont en perte de confiance et se considèrent “pas capables”. L’utilisation de l’outil radio permet la rencontre, la mise en confiance, et la réflexion. Le support son oblige les jeunes à écouter, à se concentrer sur l’environnement qui les entoure. Il est un outil d’apprentissage pour l’expression orale : construire un interview, poser des questions, écouter et
corriger ses défauts d’élocution ou ses maladresses. La phase du montage développe leur esprit d’analyse. Le positionnement du corps entre en compte dans cet apprentissage : évaluer la distance de la perche, se placer et se déplacer en tenant compte du sujet enregistré, de l’espace de tournage.
Objectifs
Le but est de produire une création artistique mais surtout d’utiliser la radio comme un prétexte à la rencontre, à la création de lien social. Cet atelier intergénérationnel et multiculturel devient un espace où les jeunes se valorisent et se responsabilisent avec le soutien de nos partenaires locaux. À travers les séances d’enregistrements, l’organisation et la participation aux réunions et débats, ce projet a pour objectif de :
- permettre aux jeunes de devenir acteurs et citoyens de la vie de leur quartier en pleine mutation et favoriser le dialogue interculturel et intergénérationnel.
- leur redonner confiance en changeant le regard que les autres leur portent et celui qu’ils ont sur eux-mêmes. De cette façon, tenter de mettre fin à un discours fataliste et pessimiste qui les exclut de tout projet d’avenir.
- leur apprendre à écouter, s’écouter et s’exprimer par l’outil sonore.
- développer et encourager leur capacité à prendre la parole
- favoriser la prise de conscience de leur corps, de leur voix, des sons qui nous entourent pour interroger le monde de façon créative.
- mettre en avant la notion de travail non réduite à sa valeur économique, et susciter des vocations professionnelles à partir des rencontres que nous allons partager.
- établir une confiance et une complicité pour les accompagner dans leur démarche d’insertion professionnelle et le développement de leurs projets.
Les jeunes de l’atelier
Abdel, Bilal, Fouad, Ibrahim, Madjid, Milad, Oualid, Sidya, Simbaye, Teddy, Tony, Younes.
Déroulement des ateliers en 2008
Première séance de discussion afin de faire connaissance et de permettre aux participants de découvrir les parcours de formation et de travail de chacun et leurs rêves de métier idéal, pour ceux qui en ont. Dans un second temps, les jeunes ont choisi les sujets sur lesquels ils aimeraient travailler et qui leur tiennent à coeur.
Les jeunes ont été sensibilisés à la création radiophonique : nous avons organisé des séances d’écoute de créations d’ARTE Radio à chaque début d’atelier, séances suivies de discussions qui ont permis de leur faire découvrir les multiples aspects du travail sonore et les différentes étapes par lesquelles ils allaient devoir passer pour réaliser leurs créations : l’écriture du scénario, le tournage, le montage.
Ces écoutes sont très importantes car elles permettent de mettre en lumière des concepts importants : la dramaturgie, les personnages, la narration, ainsi que les aspects techniques de la prise de son : plan sonore, ambiance, interview.
Une fois les sujets décidés, la phase de tournage commence :
- En mars, le premier enregistrement se déroule chez une luthière de la cour des Bretons, Judith Kraft. Les jeunes ont d’abord enregistré leur propre découverte de ce métier. Ils ont capté les sons du travail, le son des outils sur le bois, leurs réactions à la découverte d’une Américaine, arrivée en France à l’âge de 20 ans et qui exerce un travail manuel assez physique. Cette phase de tournage a été d’une grande richesse. Ils lui ont demandé quel rapport elle entretenait avec le bois, question qu’elle a trouvée très intéressante et que personne ne lui avait posée auparavant.
- En mai, Simbaye et Abdel sont allés enregistrer dans un lycée, le lycée technique Barrault, dans lequel ils ont étudié la plasturgie. Cet enregistrement a été l’occasion d’évoquer leurs années d’étude, leurs relations avec les enseignants, leur orientation… Ils ont ainsi pu revenir sur leurs échecs, les comprendre et prendre du recul sur leur propre trajet.
La suite des ateliers a eu pour but d’approfondir ce que nous avions mis en place pendant la première moitié de l’année 2008, en réfléchissant sur de nouveaux sujets d’enregistrement, et de donner une nouvelle perspective avec des enquêtes en province et à l’étranger. - Au mois de juillet, deux tournages sont réalisés : dans un restaurant
de l’enseigne Pizza Hut dans lequel Madjid travaille. Teddy et Sidya ont eu envie d’aller enregistrer le travail de leur ami. Ils se sont chargés de l’interroger sur son emploi du temps, les différentes taches dont il a la charge et ont capté les sons ambiants (prise de commande, le pot d’échappement de la mobylette du livreur…). - Au mois de septembre, c’est au tour de Madjid et Sidya qui ont mené l’enquête au service lingerie de l’hôpital Robert- Debré dans lequel travaille Teddy depuis plus d’un an…
Teddy est fier de montrer son travail, il parle de son entretien d’embauche, des gens qui lui ont fait confiance, “l’autre monde du travail” où le langage est différent et où l’on rencontre des gens d’autres générations. - En octobre, Teddy, Simbaye, Abdel, Sidya et Milad sont allés en Seine-et-Marne chez Tio, un ancien ouvrier devenu artiste, soudeur et agriculteur.
Jusqu’en novembre 2008 se sont alternés enregistrements et montages des réalisations effectuées en région parisienne.
Les ateliers à partir de 2009
À partir de janvier 2009, commenceront les enregistrements au delà de l’Ile-de-France, en province et à l’étranger.
Nous prévoyons à travers cet atelier, d’organiser des échanges entre les jeunes du quartier et des jeunes de Vendée, de Seine-et-Marne et de Roumanie. Des enregistrements seront réalisés lors des différents déplacements et restitués dans les lieux partenaires.
- De janvier à mai 2009, prises de son en Vendée, à Noirmoutier, sous forme de deux séjours concentrés (stages de 3/4 jours en février et à Pâques) pour interroger le monde rural, l’univers des marins et le travail d’un saulnier (récoltant de sel dans les marais), puis jusqu’en septembre, montage des sons réalisés.
- De juillet à septembre 2009, accueillis par le centre culturel français de Cluj, nous envisageons un séjour d’une semaine en Roumanie avec une traductrice qui nous pilotera dans la campagne roumaine. Puis, à partir de septembre, finalisation des montages et préparation de l’ouvrage de restitution qui prendra la forme
d’un livret-CD.
Partenaires financiers
Le Conseil Régional d’Ile de France, La Fondation Réunica sous l’égide de la Fondation de France, ARTE actions culturelles, la Mairie du Xème et le Ministère et de la Culture et de la Communication.


