Syndicat, association et démocratie participative, quelles complémentarités et clivages ? L'exemple de luttes de femmes

Et le travail ? Est ce qu’on en parle dans les instances de participation ? Et les syndicats ? C’est quoi leur place dans la démocratie participative ?

Un forum organisé à partir d’une lutte syndicale

Travail et syndicalisme dans la démocratie participative
Le travail, on en parle peu dans les instances de démocratie participative alors que c’est un aspect essentiel de la vie des gens. On interpelle les gens pour participer en tant qu’habitant et jamais en tant que travailleur.
Notre sujet c’est la question d’un autre pouvoir,celui des habitants dans le territoire ou celui des salariés dans l’entreprise. Quelles sont les proximités entre démocratie participative et syndicalisme,?

Ce thème s’est structuré grâce au partenariat avec le Comité métallos. Réfléchir à ce que la maison des métallos (4000m2 de nouveaux espaces publics rachetés par la ville de Paris grâce aux mobilisations politiques, associatives et des habitants) pouvait devenir c’est la raison d’être du Comité metallos, dont « la proximité entre syndicat et population fait peur ». A la ville qui ne souhaite pas qu’un syndicat et des associations trouvent des occasions de travailler ensemble. Aux associations aussi à qui l’organisation syndicale apparaît comme trop forte, trop politisée, tandis que le syndicat est mal à l’aise vis-à-vis des associations.

la maison des métallos, un lieu de croisement et d'inter-actions entre syndicats, quartiers, association.jpg

Mais une absence de représentation syndicale pendant le forum
Des contacts ont été pris avec le délégué de l’Union locale de la CGT du 11ème arrondissement au moment où une lutte autour de l’obtention de papiers pour des femmes sans papiers se déroulaient, rue du chemin vert, dans l’entreprise de nettoyage Manet. Une association Femmes égalités mobilisée dans cette lutte a également accepté de réfléchir avec l’Adels et Comité métallos. Puis nous avons cherché à mobiliser des conseillers de quartiers de l’arrondissement. Lors du forum, une dizaine de femmes sans papiers qui travaillent dans le secteur de l’aide à la personne ont participé et c’est autour de leur citoyenneté, de leur place dans la société et du rôle de leur investissement associatif et syndical dans ce développement de la citoyenneté que le forum s’est déroulé. Les syndicalistes, plus traditionnels n’ayant pas répondu à l’appel.
Forum_Adels_22_octobre.png

Autour du travail et des droits, des habitants et des assos s’impliquent !

« une grève en bas de chez moi: cela ne peut pas laisser indifférent ! »
Un habitant récent raconte comment il perçoit ce qui se passe dans l’entreprise Ma Net ! « Je parle en tant qu’habitant, je me suis rendu compte de la situation en voyant la vitrine fermée. Ça se passe en bas de chez moi on touche là à des problématiques sociales et économiques qui existent à l’échelle nationale et internationale : donc ça pose des questions et je me demande ce que je peux faire en tant que simple habitant »

Une association qui s’engage aux côtés des syndicats
« Femmes-égalité » a pour but d’organiser les femmes de milieu populaire pour qu’elles interviennent sur la politique au niveau du quartier, de la ville, aux niveaux national et international, pour faire entendre leur point de vue et faire vivre la démocratie. « En 87 nous avons créé l’association lors du projet de loi de travail de nuit pour les femmes. En lançant le débat on a eu le soutien de plusieurs syndicats, la FSU, les Solidaires, la CNT. Nous n’avons pas d’exclusivité avec un syndicat »
« Notre campagne actuelle, c’est celle de la lutte des travailleurs sans papiers : cette campagne lancée par les syndicats n’abordait pas certaines questions. Donc nous avons rencontré les syndicats pour leur expliquer la situation particulière des femmes sans papiers travaillant dans le service à la personne (travail au black, ne peuvent pas faire grève puisque travaille seule..), qui vont en général beaucoup plus voir des associations que des syndicats pour se faire aider.

Sans papiers, pas de citoyenneté ?

L’une des femmes « sans papiers » explique que la démocratie c’est quelque chose de nouveau, que le syndicat est fait pour les travailleurs qui ont des papiers : « pour moi le terme de syndicalisme, de démocratie, me paraît très éloigné, c’est de la politique. Moi je suis un fantôme, je suis isolée. »
Une autre explique que la démocratie, cela veut dire qu’on peut s’exprimer sur ses droits. « Mais quand on est sans papiers, on se cache ; cela est honteux ; on ne peut pas s’exprimer sur le politique, même dans le quartier : on n’ose pas participer aux repas de quartiers où on parle de tout ; on n’ose pas dire là où on habite en fraude, dans une cave ou un sous-sol. Comment ouvrir la mentalité des français ? leur faire comprendre qu’on ne veut pas les empêcher de vivre, qu’on est des personnes normales, qu’on ne doit pas leur faire peur. »
« Dans le quartier, quand il y a un problème dans l’immeuble, on essaye d’en parler aux voisins. Mais en dehors d’un bonjour, on ne peut rien dire. C’est très différent de chez nous où on se connaît tous et ou on a beaucoup d’occasion de se soutenir les uns les autres. Ici c’est chacun pour soi. »
Une autre prend la parole et se demande par où commencer. Elle explique qu’ « on est là, mais qu’on doit rester invisible ». « J’ai une petite chambre, une clef : c’est chez moi ». Elle raconte qu’elle a habité six ans chez des gens où elle était à leur merci. Elle a connu la méchanceté de certains qui en profitent : ils savent qu’on ne peut pas se défendre. On cherche à être propre, à bien présenter, mais rien n’y fait. On porte une vraie douleur, une vraie souffrance au fonds de soi. Pourtant les gens nous font confiance ! on considère leurs enfants comme des petits frères. Eux-mêmes nous considèrent comme leur famille. Ma famille est loin, alors on se crée une famille là où on travaille.
l'action au travail, un premier pas dans la citoyenneté du pays où l'on vit.jpg

La campagne leur a permis de s’exprimer, avant c’était impossible
Anna : « je tiens à préciser que avant la campagne que nous avons menée avec elles, ces femmes ne prenaient pas la parole comme ça !! pour vivre la démocratie, il faut savoir s’exprimer ».
Les communes devraient faciliter le logement pour ceux qui sont précaires, l’accès aux services. Une femme explique que ses enfants vont être rayés de la cantine scolaire par la commission pour laquelle elle a constitué un dossier, mais sans être déclarée… elle habite un logement de 15 mètres carrés avec ses deux enfants (8 et 11 ans), où on lui refuse un bail mais où elle paye 650 € par mois. On ne peut pas s’exposer sans risque ! mais comment être entendu ? l’association de parents d’élèves ne peut rien faire, c’est elle qui dirige la caisse des écoles.
Des risques de délation
Oui, on parle, on est intégré, on va travailler chez des gens qui nous font confiance. On est dans notre deuxième pays. On n’avait même pas idée dans notre pays que la démocratie existait ; ici, on lutte pour faire reconnaître nos droits. Quand on va travailler, on se sent complètement citoyennes. Mais ce n’est pas l’image qu’on reçoit ! Les gens nous agressent parfois même physiquement. Une femme témoigne : elle est bénévole au secours populaire. D’autres bénévoles n’acceptent pas ce compagnonnage !
Une autre femme explique que le recours à la violence est une sorte de provocation pour avoir une raison d’appeler les flics. Elle dit avoir supporté pendant un an une propriétaire qui la rançonnait à chaque fois qu’elle prenait une douche.
Une autre femme se demande si les porteurs de papiers se considèrent comme citoyens ? pour les sans papiers la citoyenneté des droits cela n’existe pas : il n’y a que la citoyenneté des devoirs : impôts…

Et dans la démocratie participative ?

« Je pense que le fait que les CQ soient informels devrait être fondamental »
Pour une militante associative, la démocratie participative peut se définir « comme un lieu où rien n’est encore structuré vraiment. Alors que les associations et les syndicats disposent d’un cadre légal, les conseils de quartiers ne sont pas encore trop formalisés. Il y a moyen de s’autosaisir d’un sujet. Pourtant membre d’un conseil de quartier, pendant cinq ans, elle a démissionné parce qu’on ne pouvait plus rien y faire, tout étant trop structuré. A démocratie participative il faut associer « informel ». il y a des sujets nouveaux (égalité homme/femmes par ex) où tout le monde peut apporter sa parole, s’écouter, s’entendre.
Une femme qui a participé à un CQ avant d’en démissionner : « oui le CQ peut s’autosaisir, d’un sujet.. j’ai démissionné parce que je ne supportais plus les empêcheurs de tourner en rond et les personnes hyper formelles et formalistes.
Une femme du parti communiste des ouvriers de France : « La CQ si on veut trop les formaliser ils se sclérosent. On ne peut pas que parler de stationnement et crottes de chien ! »

S’auto saisir ?
Edouard « Pour moi les Conseils de quartier sont des lieux pour débattre de tout ce qui se passe dans un quartier plutôt que de débattre des projets municipaux. Je pense même que le CQ peut s’autosaisir des sujets qu’il veut traiter. Si j’étais dans le CQ du secteur de Ma Net, je demanderais qu’il se saisisse de la question de savoir comment être solidaires avec les salariées de Ma Net ».
Une autre se demande comment ont été défini les quartiers ; car elle habite entre deux quartiers des 17 et 18èmes arrondissements, mais se déplace là où cela bouge comme dans le 11ème où elle a accompagné la lutte des travailleuses de Ma Net.
On constate en effet, que cette lutte a pu fédérer des organismes (association, syndicats…) et des habitants de différents quartiers qui voulaient que la démocratie participative ce soit de soutenir la grève des salariées à Ma Net. Cela a donné aux citoyens le moyen de se réapproprier des droits.
Les conseils de quartiers se sclérosent parfois en s’enfermant dans les problèmes locaux alors qu’avec le social, ils pourraient faire respecter les droits. Les travailleurs ont découvert qu’ils ont des droits, par exemple l’indemnité de licenciement. Un syndicat peut les aider à faire respecter ces droits. On est plus fort quand on est avec d’autres. On peut même gagner.

« Un conseil de quartier, ça fonctionne avec ceux qui s’y trouvent »
Un membre du conseil de quartier Alexandre Dumas explique qu’on peut même imaginer des commissions inter-quartiers. Ce conseil de quartier a fonctionné pendant cinq ans avec des commissions (solidarité, culture, urbanisme voirie, propreté…). Au départ, on y trouvait des habitants, des associations et des politiques, mais ces derniers se sont rapidement désengagé. Les associatifs et les autres se sont organisés. Pour le prochain conseil de quartier, cela va changer. Le bureau assurera l’animation. Les habitants investis participent aux plénières sans avoir le droit de vote.

Pour les sans papiers, les CdQ peuvent être un espace de dialogue. Mais pour l’instant on balbutie, les CdQ empiètent parfois sur les associations. D’autre part, les travailleurs ne s’investissent pas toujours dans le quartier où ils travaillent.
Avec les associations et notre lutte, cela nous a permis de comprendre ce qu’est un syndicat, de savoir qu’ils existent et qu’on peut les consulter. Dans les pays communisme, on a détruit les syndicats qui existaient.
« On a vécu la démocratie dans la lutte. Dans cette ébullition, on a appris à s’exprimer. Les CdQ est un tout petit aspect de ce qu’est la démocratie participative. Quand on sait l’objectif qu’on poursuit, la démocratie participative c’est se mettre ensemble pour y arriver. »
Depuis un an seulement les choses ont changé pour les femmes sans papiers. Les femmes se sont mises derrière une banderole demandant « la régularisation des travailleuses sans papiers, surexploitées et oubliées ». Elles se sont d’abord « affichées », puis ont parlé à la presse, à la radio, à la télé. Quant aux syndicats, il reste beaucoup à faire avec eux, notamment sur les services à la personne. Dans un moment où la précarité se généralise, un mouvement est parvenu à tirer vers le haut en mobilisant la ville (vente de tableaux pour les salariées de Ma Net).
Dans les conseils de quartier qui servent surtout à donner un avis sur les projets des élus, comme dans les autres instances (CICA ), les précaires n’ont pas leur place. Les autres instances associatives sont souvent des espaces où l’on cultive l’entre-soi (association de parents d’élèves). Le langage y est souvent hermétique.
Les gens vont se saisir d’une question si cela correspond à leurs préoccupations, si cela devient une revendication. Le CdQ qui n’est qu’un moyen et pas un but en soi manque de visibilité pour que cela soit possible. La mobilisation autour des sans papiers de Ma net se situe également dans le cadre d’un rapport de force où les travailleuses unies et soutenues ont gagné
Djamila : « ok, mais même dans les quartiers populaires les gens les plus populaires même s’ils ont des papiers ne viennent pas dans les CQ. Les CQ restent dans l’entre soi. Pourquoi ? en tout cas c’est un vrai problème ! »

Une femme : « au fond l’important c’est que les CQ ne sont qu’un moyen mais pas un but en soi. Il faut y établir un rapport de forces ».

Les grandes questions

Travail et syndicat, des exclus de la démocratie participative ?
Les femmes de l'entreprise Ma Net en grève.jpg En qui concerne l’exclusion de la démocratie participative, c’est moins les gens présents que le thème, c’est donc cela qu’il s’agit de mettre en valeur : pourquoi ce sujet du travail est peu ou pas présent dans les instances de démocratie participative ? Pour quoi, l’acteur syndicat est un interlocuteur plus marginalisé dans les processus participatifs ? S’agit il d’une exclusion volontaire des syndicalistes ou par défaut ? Ou bien est ce que l’institution hésité à les associer ? Et pour quelle raison ?

Espaces de confrontation
Les questions que cela nous pose, c’est bien que dans l’entreprise type CGT, il y a un affrontement clair, un conflit entre des intérêts (attention dans les conflits type Manet c’est CGT et Etat, les patrons, sont parfois dans les exemple des sans papiers, les “partenaires” des syndicalistes). Alors que dans les instances de participation, on ne veut pas admettre qu’il y a de l’affrontement, on fait comme si tous les habitants étaient pareils, alors qu’il y a ceux qui se déplacement en vélo, et ceux qui se déplacent en voiture, les anciens habitants et les nouveaux…) N’aurait on pas intérêt à construire des lieux de débat qui soient des véritables lieux de confrontation positive d’idées ?

Contact :
Association Femmes Egalité
www.femmes-egalite.org

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