Retour sur une conférence organisée par la Fonda le 21 octobre 2008 avec Joël de Rosnay sur les enjeux de la société de la connaissance.
La Fonda, par la voix son président, Pierre Vanlerenberghe, s’interroge sur « le consensus surprenant qu’il y a aujourd’hui autour de la société de la connaissance. On en parle partout mais de quelle connaissance s’agit-il ? Comment la produire ? Quelles en sont les conséquences économiques, sociales, politiques ? Cache-t-elle un nouveau modèle de société » et quel rôle peuvent jouer les réseaux associatifs en tant qu’acteurs de la production et du partage des connaissances ?
Face à ces questions, Joël de Rosnay parle de « l’écosystème informationnel né de la révolution des technologies de l’information et de la communication (TIC) ». Le web 2.0 est ainsi caractérisé par la mise en relation des gens, selon un mouvement de tous vers tous alors que le premier web ne permettait que de mettre en relation une personne avec une autre personne. On partage aussi de nouvelles formes de connaissance avec le phénomène des réseaux sociaux dont Facebook est l’archétype.
Selon Joël de Rosnay, on est en train de passer « de l’ère de l’ECOlogie à celle de l’EGOlogie », notamment parce que dans le cadre des réseaux sociaux ou sur les blogs, « le moi est au centre ». Pour lui, « le web réunit les gens de manière égoïste et participative ». Ce mode de fonctionnement génère t-il alors des connaissances superficielles ou plus en profondeur ? Peut-on parler d’Intelligence collaborative (ou comme le dit Joël de Rosnay, d’Intelligence connective) en se basant sur des exemples comme linux (des communautés de développeurs travaillant au fur et à mesure à l’amélioration des logiciels libres) ou wikipédia (l’encyclopédie en ligne désormais bien connue) ? Cette façon de faire contribue en tout cas à l’accumulation des connaissances et permet un retour de l’information : « je sais, nous savons ensemble, je sais que nous savons ensemble ».
Nous sommes aujourd’hui face à « une connaissance modulaire, lacunaire et partagée » avec un passage de la société de l’information à « la société de la recommandation ». Toujours selon Joël de Rosnay, les gens ne se référeraient plus aux scientifiques, aux critiques, aux politiques, à tous les anciens prescripteurs pour faire leurs choix, mais plutôt à leurs pairs. Ainsi, quand on veut aller au cinéma par exemple, on ne lirait plus forcément Télérama mais on irait voir directement sur Allôciné les notations des films par les publics qui les ont déjà vus (vous connaissez certainement ce système d’étoiles qui permet de dire si l’on a aimé ou pas), idem pour les recettes de cuisine, autant aller voir sur les forums qui dit quoi de tel ou tel plat mais aussi de telle ou telle façon de le préparer… Y a t-il ainsi « émergence d’une nouvelle forme de connaissance, de nouvelles voies pour aborder le complexe » ?
Joël de Rosnay parle même de « processus d’externalisation de la connaissance », surtout avec les adolescents (« le syndrome des têtes vides ») qui ne jugeraient plus nécessaire d’apprendre quoi que ce soit car ils se tourneraient systématiquement vers google pour trouver les infos ou bien tout simplement vers leurs copains via le chat en ligne.
La question cruciale devient alors celle de la contextualisation des connaissances. Comment parmi internet démêler le vrai du faux, le judicieux et le moins opportun ? Il faudrait ainsi aider les personnes à hiérarchiser les informations, à prendre du recul aussi face à la masse d’informations véhiculées par le web. Joël de Rosnay rappelle que pour cela, il y a nécessairement un corpus préalable de connaissances et de valeurs à acquérir. L’école et la famille y contribuent bien sûr mais les connaissances nouvelles peuvent (doivent) être « catalysées » par les réseaux humains et tous les groupes notamment qui préexistaient avant internet. Les mouvements d’éducation populaire et plus largement les acteurs sociaux et associatifs peuvent naturellement être ces interlocuteurs. Mais Joël de Rosnay insiste également sur le fait qu’il s’agit alors de surmonter les effets de concurrence, car le problème dans toute forme d’approche partagée, c’est que la recherche de complémentarité peut parfois amener à une perte de pouvoir pour certains… Et tout « le dilemme de la connaissance partagée » c’est de se dire : « avec qui, pour faire quoi » et comment évalue-t-on cela ? Joël de Rosnay, personnalité technophile bien connue, apporte comme à son habitude une réponse très optimiste au regard de ces enjeux de taille pour notre société, en évoquant internet comme un moyen de « création collective de notre avenir ».
Prochaine conférence de la Fonda : Vers un capitalisme cognitif - le 19 novembre 2008
- Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires
Posté par Orianne Perrier - Mission Démocratie régionale
