Le méchoui citoyen de Moissy-Cramayel, une nouvelle forme de débat public menée par des associations ?

Des débats publics dans l’espace associatif ?

Les jeunes, les femmes, les étrangers sont parmi les groupes d’habitants qui, partout, sont déclarés absents des instances de démocratie participative. Cela pose question aux animateurs de celles-ci. Les dispositifs qu’ils proposent sont-ils adaptés ? Quelles formes peuvent prendre des débats publics quand ce sont les habitants et des associations locales qui les pensent et les organisent ? Qu’est-ce qui motivent ces derniers ? Leurs initiatives témoignent-elles de caractéristiques susceptibles d’éclairer les dispositifs de démocratie participative ? Mobilisent-elles la citoyenneté de ceux qui y participent ? Y retrouve t-on un public qu’on ne retrouve pas ailleurs ? Des liens existent-ils avec les élus ou les services ?

Un forum avec les organisateurs du méchoui citoyen de Moissy-Cramayel (77)
Le méchoui citoyen est un moment de fête et de débats organisé par des associations locales : l’Association Solidarité Africaine de Sénart (ASAS), le Réseau d’Échanges Réciproques de Savoirs de Moissy-Sénart (RERS-MS), l’Association culturelle et éducative des musulmans de Moissy-Cramayel (ACEMM), l’Association Malagasy de Moissy-Sénart (A2MS) et des jeunes de la ville. Il a déjà été organisé en 2007 sur le thème de la place des jeunes. Cette année, les débats portent sur la notion de respect, la gestion de la liberté et la notion de responsabilité. MECHOUI_CITOYEN_2008.pdf

« Quand c’est officiel et formel, les habitants ne sont pas là » « Les gens viennent, participent, car ils ont confiance » constate une des organisatrices. Un autre ajoute : « dans les débats, on est loin de la discussion de comptoir, on dresse des constats et on propose des solutions ». Ce moment de fête permet de se réunir, « de se retrouver » et de donner la parole à des gens qui ne la prennent pas ou peu dans l’espace public, notamment des femmes et des jeunes. Les animateurs-organisateurs du méchoui citoyen.jpg
Au méchoui citoyen, on autorise les initiatives. Un jeune propose de filmer, un autre propose de slamer, c’est d’accord. Tout le monde est bienvenu « pour aider », pour apporter ce qu’il veut faire ». L’Adels est intéressée pour mieux comprendre la démarche des organisateurs et la place de leur initiative dans l’espace public ?… Pas de problème. Ils ont été très accueillants et sans a priori négatif. Lorsque l’Adels a présenté la première fois les raisons de sa présence aux organisateurs du méchoui, elle a eu l’impression qu’on ne parlait pas tout à fait la même langue. Mais au fur et à mesure des rencontres, le dialogue s’est ajusté.

Ce qui s’est passé lors du méchoui citoyen, le 31 août 2008
Le premier débat a commencé vers midi, sur la question du respect. « Toutes les interventions tournaient autour de l’éducation au respect, des enfants, des profs et des parents. C’était difficile d’orienter le débat par rapport à la vie civique » commente un des deux animateurs de ce débat. Par exemple, une des participantes du débat du méchoui citoyen dit : « sous prétexte que l’on est dans un pays libre, on se croit tout permis et on oublie que la liberté de chacun commence par celle d’autrui, d’où l’importance du principe de respect. C’est pourquoi, cette notion doit être inculquée aux enfants dès leur plus jeune âge, afin qu’ils grandissent avec. Car au nom de l’enfant-roi, on oublie d’apprendre le respect. Résultats : plus de violence, de problèmes à l’école, de difficultés en grandissant pour trouver un travail. C’est donc aux parents d’apprendre à leurs enfants à se respecter soi-même et les autres ». Le débat se termine sur l’interpellation d’un jeune adulte : « Est-ce que les élus respectent nos problèmes ? ” “Est-ce qu’ils respectent les gens quand ils font des promesses, qu’ils ne tiennent pas ? ».Les débats ont eu lieu en plein air.jpg
Puis on déjeune, et un deuxième débat sur la gestion de la liberté et la responsabilité commence. « Certaines interventions étaient poignantes » notamment quand on aborde la question des droits et de la liberté, et celle de circuler dans les villes aux alentours, en sécurité, sans risque pour les jeunes. Une dame intervient : « Vous n’êtes pas des jeunes de Moissy, ou de Combs, vous êtes des jeunes Français. Moi j’en ai marre d’entendre que vous êtes la France de demain. Non. Vous êtes la France d’aujourd’hui. Dès leur plus jeune âge, il faut dire aux jeunes qu’ils sont Français. On n’a pas à s’adapter, on n’a pas à s’intégrer, on est dans notre pays. Ce type de discours, ras-le-bol !»; Une vive discussion s’est installée entre le maire et des jeunes de la ville, à propos des activités et des lieux mis spécifiquement à la disposition des jeunes pour développer des projets, notamment culturels. La venue du maire a été appréciée. « Le seul point négatif, c’est qu’il se soit levé et qu’il soit parti. Cela lui fait mal au cœur qu’on lui dise qu’il n’a rien fait ». « Mais, il n’avait pas à répondre forcément ».
L’animation des débats a été dynamique, un slameur introduisant chaque thématique des débats. Lors de l’animation, il peut y avoir des situations pas faciles à gérer pour les animateurs, mais « ce sont des choses qui arrivent quand on est avec des gens », analyse un des deux animateurs. Une des participantes précise : « J’ai appris des choses sur ma ville. Il y a des propositions qui ont été émises ».

La proximité, projet du méchoui citoyen
Le premier objectif déclaré est que le méchoui citoyen soit « un lieu de débat ouvert, un espace de confrontation des solutions pour améliorer la vie sociale », avec tous les habitants de Moissy et des villes aux alentours. Il est organisé par des associations et des habitants, pour, selon le service citoyenneté de la ville, « favoriser l’intégration de toutes les cultures dans la citoyenneté du pays où ils vivent ». La présidente d’une des associations organisatrices précise :« On veut quelque chose qui soit proche des habitants, qui montre aussi la diversité. Les projets , ça ne sert à rien d‘en discuter tant qu’on n’écoute pas les gens. La base est souvent mise de côté. Cette forme de démocratie, celle qui descend d’en haut, ne me va pas du tout ». La même présidente raconte : « À un moment, les élus sont coupés de la population, ils vont sans cesse à des réunions, ils ne vont plus à des trucs populaires. Ils me disent : « il y a trop de réunions, on arrive plus à s’en sortir Après il y a des problèmes de gestion, c’est comme pour la crise financière, ils ont laissé faire, les traders faisaient ce qu’ils voulaient ».Les femmes ont pris souvent la parole.jpg

La recherche d’un terrain de rencontre entre élus et habitants
« L’année dernière, le débat, c’était les jeunes dans la ville. Et après, on en fait quoi? Pour aller où ? Pour changer quelque chose dans la ville ? Il faut trouver les moyens pour que les attentes et les problèmes se retrouvent dans d’autres débats publics. La municipalité ne peut pas donner de réponses sur des questions aussi larges » s’interroge une personne du service citoyenneté. « Je suis convaincue qu’il y a des questions qui peuvent trouver des connexions, des liens avec la municipalité ». Larticle du journal de la ville suite au méchoui citoyen de cette année a été écrit par une personne du service citoyenneté : « Des propositions ont été faites, celles qui concernent la municipalité seront transmises aux élus. Devant les interrogations des participants sur les actions en direction de la jeunesse ou certaines pratiques policières, le Maire, présent, a évoqué la possibilité d’une prochaine rencontre ».

Le méchoui citoyen, un lieu de démocratie participative ?

« Il y a des comités de quartier, des visites de quartier à Moissy et dans l’agglomération ». Une dame explique ce qu’elle pense de la démocratie participative : « Je fais partie de ces gens qui, quand ils sont arrivés à Moissy, se sont dit : « génial ! ». J’y suis allée et j’ai arrêté. Ce n’est pas constructif. Ça n’avance en rien. Je me suis retrouvée avec 2/3 personnes et un homme qui ne parlait que de ses problèmes. Personne n’écoutait ». Pour sa part, le présentant du service citoyenneté « considère personnellement le “méchoui citoyen” comme la possibilité de toucher des publics différents de ceux qui fréquentent notre dispositif de citoyenneté, de faire émerger une pensée et des préoccupations collectives à l’échelle de la ville et, pourquoi pas, de constituer un collectif qui deviendrait un interlocuteur des élus ».

L’évolution du méchoui citoyen
En 2007, suite au méchoui citoyen, les élus présents se sont fait l’écho de questionnements en bureau municipal, mais il n’y a pas eu de retour organisé avec la ville, pour prendre en compte ces questions soit dans le dispositif habituel de rencontres, soit sous des formes nouvelles. Globalement les organisateurs sont unanimes pour dire que cette année c’était mieux et « qu’on commence à trouver une forme ». Ils sont motivés pour continuer l’année prochaine et organiser un suivi pendant l’année : « j’en suis sûre, là, ça va grandir du bon côté » commente un des organisateurs du méchoui. Après le débat au méchoui de cette année, l’idée d’un suivi est évoquée avec des jeunes pour creuser leurs interpellations et leurs propositions, réfléchir sur les activités, leur propre sécurité dans la ville, et pour proposer un moment de rencontre avec des élus de la ville et quelques personnes. « Il ne sera alors pas question de promesses, mais bien de se comprendre et de trouver des solutions communes » souligne un des organisateurs. Des jeunes se sont impliqués dans le débat.jpg
Au fur et à mesure, l’organisation entre les partenaires se précise. En 2009, chaque partenaire devra participer financièrement à la même hauteur, pour que toutes les associations soient à égalité.(décision prise entre tous les organisateurs). Les personnes morales et physiques (toute personne qui veut s’impliquer à titre personnel) pourraient avoir le droit de siéger au comité de pilotage où tout le monde à une voix délibérative. Pour l’animation des débats, un renforcement de l’équipe des modérateurs est envisagé, et même de construire un programme de formation pour eux. Mais le plus important « c’est de rester simple ».
Les organisateurs du méchoui citoyen se demandent plutôt comment ne pas trop mobiliser, tout en favorisant l’accueil d’une diversité de personnes issues de tous les quartiers de la ville et des villes aux alentours. Pour le prochain méchoui citoyen, il faut continuer à inviter des personnes de toute la ville et des autres villes. Mais pas trop. « Si on a plus de monde, comment va-t-on faire ? On a déjà 300 personnes, c’est bien, ne nous mettons pas comme objectif de grossir, grossir. Mettons l’accent sur la qualité de la rencontre et des échanges ».

Est ce que c’est de la démocratie participative ?
Pour certains, le méchoui citoyen n’est pas assez connu des moisséens. La question de la diversité des gens qui viennent se pose. Sont-ils tous des mêmes quartiers ou bien il y a une réelle diversité dans la provenance des gens ? Les femmes et les jeunes ont pris majoritairement la parole, les gens n’habitent pas forcément la commune. Ce type de mobilisation se suffit-il à lui-même dans la démocratie participative ? Qu’est-ce qu’on a à apprendre de ce type de mobilisation ? Comment peut-on s’appuyer en partie dessus, comment peut-on la faire fonctionner en complémentarité d’autres types de mobilisation ?

Contact :
Fatou et Madiké Mbaye ASAS Moissy-Cramayel
dicke@free.fr

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MECHOUI_CITOYEN_2008.pdfMECHOUI_CITOYEN_2008.pdf135.55 Ko
les_organisateurs.jpgLes animateurs-organisateurs du méchoui citoyen.jpg1.27 Mo
dscf0935.jpgLes débats ont eu lieu en plein air.jpg1.35 Mo
femmes_moissy.jpgLes femmes ont pris souvent la parole.jpg1.33 Mo
jeunes_Moissy.jpgDes jeunes se sont impliqués dans le débat.jpg1.27 Mo
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