Histoire et mémoires : le vrai-faux débat ?

Gerard_Noiriel-ouverture_2emejourneecolloqueACSE.jpgRetour sur l’intervention de Gérard Noiriel lors du colloque organisé par l’Agence nationale pour la Cohésion Sociale et l’Egalité des chances, les 15-16 septembre 2008, sur « Histoire et mémoires de l’immigration en France ».

Gérard Noiriel, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, a été un des membres de l’équipe de coordination scientifique d’une étude lancée en 2005 par le FASILD (puis l’ACSE) qui visait à dresser un panorama régional sur le thème « Histoire et mémoires des immigrations de 1789 à de nos jours ».

Noiriel a bien insisté sur le fait que dans le cadre de cette étude, un lien entre recherche scientifique et action culturelle avait été poursuivi. Il y voit une application concrète de la question du rapport entre histoire et mémoires, du lien entre science et culture.
Pour lui, l’histoire vise à produire des connaissances sur le passé en portant un regard critique qui implique des questionnements, des méthodes, un travail statistique… Il y a une autonomie de la science, la défense de valeurs universalistes.
Noiriel s’est ensuite attaché au terme « mémoires » qu’il traduit par la « confortation du nous » en soulignant l’enjeu conflictuel de la mémoire, le « nous » se construisant toujours sur un « eux » (mémoire d’un groupe, mémoire nationale…). Il y a une dimension de jugement dans les mémoires.
Ainsi, il nous dit qu’il y a bien une tension entre histoire et mémoires, et pourtant un lien indissociable, un lien de complémentarité. Le travail des mémoires peut être à l’origine de l’histoire, il cite les associations qui se battaient hier et qui se battent aujourd’hui, leurs combats ont contribué à la légitimité de l’histoire de l’immigration.
Il cite aussi l’exemple de nombreux spectacles vivants sur ces thèmes, qui mobilisent pourtant très peu sociologues et historiens. Au contraire, Noiriel invite tous ces acteurs à imaginer des projets qui permettent de travailler les uns avec les autres.
De même, il existe très peu d’études sur la réception des études et recherches par les publics, sur leurs impacts. Or, les projets culturels peuvent élargir le champ de diffusion des connaissances (expos, spectacles…). Il rend aussi hommage au travail des associations, à la tradition d’université populaire, une démarche qui permet de concrétiser le discours sur l’intégration à partir des projets (socio)culturels. Mais il faut que la recherche scientifique soit vulgarisée, cela demande aussi de la pédagogie, ce qu’il appelle la « transposition » (passer du langage scientifique à un langage accessible à tous). Là encore il déplore le manque de projets et appelle à un partenariat artistes-historiens, qu’ils prennent l’habitude de travailler ensemble et que les institutions aident ce type de démarches.
Enfin, si Noiriel note que « la rencontre entre pouvoirs publics, associations et chercheurs » ne peut pas intervenir « au début », il affirme qu’elle arrivera cependant « au bout du chemin » !

Légende photo : Prise de parole Gérard Noiriel à l’ouverture de la 2ème journée du colloque ACSE
Crédit photo : ACSE

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