Résumé du projet
"Alter Ego Le Journal" vise à mobiliser des usagers de drogue, des habitants et des professionnels de l’action sanitaire et sociale, par une action participative, pour promouvoir un débat démocratique autour des questions liées aux drogues et à leur présence dans la scène urbaine.
Descriptif du projet
C’est en mai 1990 que l’association EGO lance “Alter Ego Le Journal”, une expérience novatrice qui vise à prolonger son action de terrain face à l’exclusion des toxicomanes, et à ouvrir un nouveau lieu de citoyenneté. Revue trimestrielle qui compte actuellement plus de 50 numéros, Alter Ego associe à toutes ses étapes de réalisation (conception, rédaction des articles, diffusion), des usagers de drogue, des habitants et des professionnels de l’action sociale et de la santé. Le journal aborde des grands thèmes de société comme la lutte contre le sida, la toxicomanie et son traitement, l’exclusion, la démocratie, la place des femmes, la prison…
Le projet présenté ici vise à poursuivre cette activité avec la volonté d’aborder les thématiques développées sous l’angle des politiques publiques en matière de toxicomanies, leurs conséquences au niveau local et la nécessité d’associer les habitants aux démarches.
Les objectifs du projet de l’association s’inscrivent donc sur plusieurs niveaux:
-aider à la réinsertion sociale et favoriser la citoyenneté des personnes exclues et en grande précarité que sont les toxicomanes sans domicile fixe, issus en grande majorité de la région francilienne ;
-favoriser le dialogue entre les toxicomanes et les habitants pour une meilleure compréhension mutuelle et “un mieux vivre ensemble” dans le quartier de la Goutte d’Or ;
-diffuser une information pédagogique sur la situation des usagers de drogues et les politiques publiques en matière de toxicomanies, et contribuer à associer les habitants à ces politiques.
Le quartier de la Goutte d’Or, particulièrement marqué par le deal de drogues (avec récemment l’introduction massive de crack) ainsi que la présence très visible d’usagers dans l’espace urbain, focalise d’importantes tensions parmi les riverains, souvent génératrices de comportements d’intolérance et d’exclusion. Alter Ego souhaite ainsi contribuer à réduire la fracture des relations entre “inclus/exclus” vivant sur un même territoire, par la création d’une “passerelle de communication” basée sur le dialogue entre cultures, entre générations, entre genres et enfin entre citoyens différents mais égaux en droits. EGO cherche aussi dans ce cadre, à promouvoir la politique de réduction des risques liés à l’usage de drogues, politique à laquelle de nombreux riverains sont opposés, bien que celle-ci permette de lutter contre la propagation des épidémies (notamment le VIH) dont sont parfois porteurs les usagers de drogue, mais aussi de lutter contre leur exclusion sociale.
La revue Alter Ego donne la parole à des publics « sans voix » qui s’y expriment librement : le journal du 2ème trimestre 2005 par exemple, était intitulé « à la recherche d’un dialogue, les usagers parlent aux habitants ». Alter Ego est une tribune donnant aux habitants et aux usagers de drogues, l’occasion de discuter des problèmes rencontrés et de chercher des solutions dans le principe de cohabitation. Il s’agit pour les uns de donner un éclairage sur leur parcours singulier de toxicomane, sur un parcours social souvent chaotique ; pour les autres, d’exposer leurs doléances, interrogations ou leur sentiment d’insécurité. Appel à la rencontre et au dialogue pour une sensibilisation mutuelle à la situation de l’autre, le journal a souvent suscité de nombreuses réactions des habitants dont certains courriers ont été publiés afin de poursuivre le dialogue. Des habitants du quartier se sont aussi engagés directement dans l’équipe de rédaction du journal : la factrice et le pharmacien du quartier, le médecin généraliste en face de l’association, la voisine habitant au-dessus, le curé de la paroisse…
Mais l’ambition d’Alter Ego est également d’être un magazine d’information et de prévention des risques liés à l’usage de drogues à l’échelle parisienne. En effet, pour EGO, les villes sont l’échelon le plus pertinent d’articulation mais aussi d’élaboration d’une politique des drogues à laquelle les citoyens doivent être impérativement associés.
La revue consacre une attention particulière aux expériences de démocratie participative telles que « le panel citoyen » organisé dans le 19ème à Paris qui a permis de mettre en place un débat exemplaire entre professionnels, usagers de drogues et habitants du quartier Stalingrad. Des propositions susceptibles de contribuer au “mieux vivre ensemble” dans le quartier ont été produites afin aussi d’orienter la politique locale en matière de drogues (prévention, traitement médical, traitement social, questions connexes tels que le logement insalubre, les espaces publics, espaces verts…).
Alter Ego est aussi le porte-parole du projet européen « Démocratie, Villes et Drogues » dans lequel l’association est investie. Ce projet a pour but de partager des expériences pour améliorer les actions de terrain. Dans ce cadre, EGO est chargé d’un groupe de travail spécifique sur les rapports entre les structures d’accueil des toxicomanes et leur environnement (habitants, associations, élus, police…). Les rouages habituels de démocratie locale peuvent être mis à mal par des situations très conflictuelles concernant l’implantation et/ou le fonctionnement de ces dispositifs. Aussi, ce groupe de travail aura le souci notamment de mettre en lumière les voies pour promouvoir l’implication des habitants dans les politiques publiques en matière de santé et de toxicomanies. La finalité de ce travail est de proposer un programme de formation à destination des élus.
Alter Ego Le Journal apparaît donc comme un outil à multiples facettes:
-Outil de communication et de mobilisation, sa réalisation passe par la concertation, le dialogue et l’échange et ce, au-delà du public des usagers de drogue. C’est donc un moyen pour générer du débat et développer un lien social essentiel, permettant à toute personne qui le souhaite de s’investir dans un projet collectif (professionnels, bénévoles, usagers ou ex-usagers de drogues, habitants du quartier).
-Outil d’apprentissage à l’expression et au dialogue, il permet autant à des habitants qu’à des toxicomanes en situation de fragilité sociale, d’acquérir une capacité d’expression, même s’ils ne maîtrisent pas complètement le français écrit. L’élaboration du journal est accompagnée par 3 ateliers hebdomadaires : initiation à l’informatique, au graphisme et à l’écriture (ce dernier atelier étant ouvert à tous). 6 à 15 personnes fréquentent ces ateliers qui sont autant de moyens pour acquérir et/ou développer des compétences en vue de l’insertion des ex-usagers dans le monde du travail, mais aussi un outil d’éducation citoyenne qui permet de comprendre et réapprendre les règles de la participation par l’exercice des droits et des devoirs (du respect des horaires, de l’hygiène corporelle…, jusqu’au respect de l’autre et de sa différence). La valorisation de la parole et du dialogue sont autant d’alternatives à la violence de la rue.
-Outil d’insertion sociale et de valorisation, il permet à des usagers de drogue membres de l’équipe du journal d’acquérir un statut social nouveau : de « personnes ayant des problèmes » à celui de « personnes ayant des ressources ». Par ce biais, Alter Ego offre « un groupe social d’appartenance » à des personnes particulièrement exclues.
-Outil de prévention, autant de proximité qu’à une échelle plus large en terme de santé publique, le journal permet une acquisition et une diffusion de savoirs sur les toxicomanes et sur les politiques en matière de toxicomanies, car les personnes qui contribuent au journal diffusent ces savoirs tout en se les appropriant.
-Outil d’échanges d’expériences et de connaissances, il permet d’élargir le débat avec des partenaires locaux, nationaux et étrangers qui interviennent dans le même champ d’action.
Partenaires financiers
Région Ile de France - Mission démocratie régionale


